Chaque roman de la série les volontaires possède

son guide pédagogique gratuit.

Il suffit d'en faire la demande dans la section contact de ce site!  

NOTES HISTORIQUES SUR LES VOLONTAIRES

Des milliers de pages de lecture.

Des centaines de pages Internet consultées.

Des dizaines de documentaires et de films de guerre.

 

Ajoutons à cela des témoignages, des visites sur des lieux historiques…

 

Tout cela, pendant 19 ans, mais surtout durant les 4 dernières années, pour en arriver à une trilogie devant ouvrir aux non-initiés leurs horizons sur l’effort des Québécois durant la Seconde Guerre mondiale. Devant, aussi, rendre hommage aux vétérans, aux victimes, aux oubliés, qui ne pouvaient mourir dans les mémoires comme ils ont vu la mort sur les champs de bataille.

 

Tout cela pour donner le goût à ceux qui ne connaissent rien à la Seconde Guerre mondiale de s’intéresser au travail des historiens.

 

J’ai entrepris la série Les Volontaires avec la ferme résolution de rendre en 3 années 3 livres dont le fond historique est fiable, dont les attitudes des personnages sont représentatives des attitudes de l’époque et dont les protagonistes rendent hommage aux combattants de l’époque.

 

Je crois fermement y avoir réussi.

 

Malgré tout, dans les Salons du livre, souvent, des gens se montrent sceptiques :

« Vous m’avez l’air bien jeune pour écrire sur le sujet », lâche-t-on, l’air soucieux.

 

Que dire de Pauline Gill, qui campe une série dans la cadre du 19e siècle?

 

« Est-ce que c’est votre premier roman? » demande-t-on, l’air inquiet.

 

Non. J’en ai 8. Plus 3 ans de chroniques journalistiques. Plus 3 bourses des conseils des arts. Plus prix, reconnaissance médiatique, etc.

 

« Mais vous, vous n’avez pas fait l’armée! » affirme-t-on, l’air inquisiteur.

 

Non. Mais combien de militaires me disent qu’ils ne connaissent pas l’historique de leur propre unité!

 

« Avez-vous un grand-parent qui a fait la guerre? » questionne-t-on aussi, l’air curieux.

 

Eh non. Et croyez-vous que j’en sois fier?

 

Bref, afin de démontrer aux lecteurs que j’ai solidement documenté ma série, voici en quoi cette aventure a été tout à la fois riche en découvertes et difficile à écrire. Difficile, oui, car je ne pouvais y parvenir sans soumettre mon imagination aux diktats des faits. Si l’historien n’est pas romancier, je crois, moi, que le romancier qui respecte ses lecteurs et son sujet doit, lui, enfiler la veste de l’historien.

 

Maintenant, la mémoire des sources que j’ai utilisées à l’automne 2012 lorsque j’ai commencé ma rédaction a quelque peu souffert des surcharges des lectures et des rencontres faites pendant quatre années. J’aurais, bien sûr, dû tout noter et tout conserver. Malgré tout, je commence ces notes historiques avec enthousiasme, convaincu que je les enrichirai à mesure que ma mémoire reviendra gratter à mon oreille.

 

C’est donc un work in progress que je commence ici…

 

Bonnes découvertes!

 

Tome 1 - SOUS LE FEU DE L'ENNEMI

 

Dans les rues de Québec

 

Dès le début de mon histoire, je mène le lecteur dans le vieux Québec des années 40. Un film de Radio-Canada, sans aucun son, m’a inspiré l’ambiance des lieux où rôde Henri, l’air désabusé, ses bijoux volés en poche.

 

Étudiant au Petit Séminaire, Henri doit effectivement éviter la rue Sainte-Famille. Henri descend au Café Chez Gérard qui, en 1938, est ouvert rue Saint-Nicolas. Il est possible qu’à cette époque, le café n’était pas encore au coin de la rue Saint-Paul, cependant. Comme Émilia Boivin-Allaire le rapporte dans son article de Cap-aux-diamants de 1989, Gérard Thibault vivait bien des ouvriers des arsenaux et sans doute des chantiers navals à proximité durant la guerre.

 

Pour des soucis de réalisme, j’ai utilisé les anciens noms de rues. C’est ainsi qu’à Québec, la rue de la Barricade s’appelait rue Saint-Jacques à l’époque et que le boulevard René-Lévesque, à Montréal, s’appelait encore Dorchester.

 

Dans le récit, les personnages sont collés sur l’actualité de l’époque. Ainsi, Marguerite réfère au Queen Mary lorsqu’elle parle de l’ecchymose d’Henri, et celui-ci lit Vol de Nuit. Le Queen Mary était un navire déjà mythique tant par son volume que pour son rôle de transporteur de troupes durant la guerre. L’auteur St-Exupery, lui, était une idole pour les garçons rêveurs : l’écrivain avait déjà à son actif un grand bagage à titre d’aventurier, puis d’aviateur militaire. Pas surprenant qu’Henri emporte son livre comme s’il s’était agi d’une bible.

 

Le bureau de recrutement était effectivement rue de Buade et le Manning Depot number 4, rue Saint-Charles.

 

À Saint-Blaise

 

Henri est un personnage fictif. La Carpets of Montreal de son père n’a jamais existé. Mais la débâcle de la famille Léveillée est tout à fait représentative des échecs commerciaux de nombreux Canadiens français dans les mois et années qui ont suivi la crise de 1929. J’envoie la famille à Saint-Blaise où, en effet, l’église est beaucoup trop volumineuse pour l’envergure du village. La raison est fort simple : l’édifice a été construit pour marquer la puissance de l’Église catholique face au développement de la Mission protestante de la Grande-Ligne, à quelques kilomètres de là. D’ailleurs, le maître de gare de l’époque s’appelait bel et bien Girard.

 

Le docteur Lalanne

 

Ce sinistre personnage a bel et bien existé, et pratiquait en effet des avortements illégaux pour financer le Parti nazi. Peu d’information est disponible sur Internet relativement à son passé. Sa maison, sur l’Ile Calypso du Lac St-François, existe toujours. L’historien Jean-François Nadeau l’évoque dans son livre sur Adrien Arcand et Hugues Théoret en parle dans une biographie.

 

Faire apparaître ce personnage dans le récit permettait de rappeler que le fait nazi a bel et bien existé au Québec, même s’il était marginal dans son existence. Malgré tout, en faire un homme protégé par une petite garde personnelle permettait de donner le ton quant à la menace que pouvait signifier le nazisme pour quiconque oserait, durant toute cette série, se frotter à ses partisans.

 

Le Lac Nairne

 

Oui, le Lac Nairne existe et était bel et bien, à cette époque, un lieu de villégiature propice à l’amerrissage d’hydravions. Les riches clients américains du Manoir Richelieu se rendaient à leur destination en transitant par ce lac où l’ancien lieutenant gouverneur Fitzpatrick y avait un chalet de chasse. J’ai eu la chance de séjourner dans cet endroit maintenant devenu un gîte. Il est donc logique de trouver le chalet de l’oncle d’Henri à cet endroit.

 

La formation des aviateurs

 

Le Canada accueillait les aviateurs du Commonwealth via le Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique. Toutes les bases sont répertoriées. Le parcours d’Henri, de Saint-François-Xavier de Brompton (la piste n’existe plus) jusqu’à l’Ile-du-Prince-Edward, est logique. Je l’avais initialement accéléré; les raisons étaient fort simples : du point de vue littéraire, je ne voulais pas ralentir le rythme du lecteur. Du point de vue de la trame, on comprend qu’Henri bénéficie du traitement de faveur de son ami Émile Cardinal. Cela dit, j’ai ralenti le rythme de cette formation et ajouté des détails à la suite de la lecture que Gilbert Boulanger avait faite de mon manuscrit, par souci de véracité. Je lui en serai toujours reconnaissant.

 

Bienvenue à bord!

 

Les navires de mon histoire sont tous réels. Le HMCS Drummondville est commissionné en octobre 1941 et le Burlington en septembre de la même année. Les deux navires sont choisis au hasard, mais les dates coincident avec leurs premières missions alors qu’ils viennent d’entrer en service à Halifax.

 

Le HMCS Calgary, qui est à quai à Sorel la veille de Noël 1941, a en effet été construit à Sorel et commissionné le 16 décembre. Il est arrivé à Halifax le 28 décembre. Il traversera en Angleterre et coulera le sous-marin U322. Il sera envoyé à la ferraille dès 1946.

 

Lors de l’écriture de mon récit, je n’avais pas eu accès à la Arnold Hague Convoy Database. Un site fascinant que j’ai découvert récemment sur le Net. C’est la source qu’il m’aurait fallu avoir pour que toute la partie du livre sur le déplacement Canada/Angleterre ne soit pas mal jugée par d’éventuels puristes!

 

J’ai tenté du mieux possible de cerner des navires en action à ce moment. Le convoi le plus réaliste qu’aurait emprunté mes héros serait parti le 3 mars 1942 avec le Oakville et le Shediac. Mais le Sainte-Croix et le Britannic ne s’y trouvaient pas.

 

Dans mon livre, le départ se faisant en février, ils auraient dû être sur le convoi SC69, sur lequel on trouvait le Oakville. Or, aucun des autres navires que j’ai choisi n’était sur ce convoi. Je me trouve donc, 4 ans après mes choix, face à un malaise réel : lors de leur traversée, nos héros sont à bord du MV Britannic. Celui-ci transporta plus de 173 000 passagers durant la Seconde Guerre mondiale. Mais j’apprends maintenant que le Britannic n’était plus affecté au transport transatlantique à cette période de la guerre. Stupeur!

 

Cependant, le plus intéressant réside dans le sort du U-206. Le U-206 a bel et bien existé, sous les ordres du commandant Opitz. Il a coulé le Ocean Victor, le Fleur-de-Lys et le Baron Kelvin durant ses premiers mois de service. Il repart pour une troisième mission le 30 novembre avec 46 hommes et disparaît aussitôt. Au moment de créer ce chapitre, j’avais cherché à identifier un sous-marin allemand ayant bel et bien existé en février 1942, qui aurait pu se trouver dans les eaux de l’Atlantique, et qui serait disparu corps et âme. Le U-206 correspondait à cette description. L’idée de justifier qu’un accident avait mis hors combat une partie de son équipement me paraissait logique. Quant à la durée de son déplacement, entre le 30 novembre et le début de février 1942, elle rendait cette mission aux limites du possible, mais contribuait à donner de la crédibilité au choix du navire.

 

Évidemment, le sort d’Heinrich Engelmann et l’histoire de son trésor sont totalement inventés. Mais cette apparition me permettait d’introduire dans la trame la question des trésors de guerre et de ramener le lecteur au Québec, éventuellement, au camp de prisonnier de Grande-Ligne.

 

Engelmann se retrouvera à Springhill Lodge, qui fut un camp de prisonniers avant d’être transformé, après la guerre, en camp de réfugiés Polonais.

 

Dans les airs

 

Henri joue au cowboy en chevauchant un prototype du Mustang, et l’abime, ce qui lui vaut des conséquences lors de son entraînement. Son cousin mettra cela sur le dos d’un moteur aux faibles performances. Il est vrai que le Mustang était au départ équipé d’un moteur Allison qui ne donnait pas toute la mesure au potentiel de cet avion, jusqu’à ce qu’on remplace celui-ci par un moteur Merlin à l’été 1942. Le constat des faiblesses du moteur étant déjà connues au printemps 42, l’Histoire est respectée.

 

En mars 1942, Henri rejoint l’escadron 412 qui était à Wellingore et qui volait sur Spitfire. L’Opération Circus 116b qui a coûté la vie au commandant Morrison, tué par l’Allemand Munchenberg, a bel et bien eu lieu lors de l’attaque d’Abbeville le 24 mars. Selon mes recherches, Morrison, dont on ne bénéficie que de peu d’information, serait né en Saskatchewan. Lorsqu’on apprend que le personnage de Willy Wood vient lui aussi de cette province, on peut voir que mon récit a nagé dans les coincidences les plus inusitées.

 

À quelques reprises dans la série, on voit Henri sortir de l’avion et ne pas pouvoir se tenir sur ses jambes. L’adrénaline épuisait les pilotes, au point que ceux-ci peinaient à marcher durant les minutes suivant leur atterrissage. On peut voir qu’Henri, non moins humain que les réels pilotes de l’époque, est un candidat particulier à ce genre de défaillance du début à la fin de la trilogie!

 

Welcome to London!

 

Le passage d’Henri et Willy à Londres est une occasion de faire vivre l’état d’esprit londonien à l’époque des bombardements allemands sur la capitale anglaise. De quoi admirer la résilience et le sens du sacrifice chez les habitants de la cité et de rappeler que les fontaines publiques étaient retirées, les jardins transformés en potagers. Et oui, les Canadiens-français ont relevé la garde à Buckingham!

 

Cette partie du texte permet aussi aux lecteurs de plonger dans l’ambiance des couvre-feux, des collectes de fonds de la Croix-Rouge et, surtout, du son des big bands de l’époque lors des soirées dansantes. C’est là que les jeunes hommes en uniforme dansaient avec des jeunes femmes, sans trop savoir si elles leur accordaient leur dernière danse. Jonglant avec l’idée de la mort à l’aube de leur vie, ils nous rappellent  qu’avant d’être des soldats, ils étaient de jeunes hommes qui aimaient séduire et être séduits. Le tête-à-tête au son de I’m getting sentimental over you est, je l’avoue, la scène que je préfère de toute ma trilogie!

 

Le souci d’être à la bonne place au bon moment

 

J’ai choisi de placer Henri dans le 412e Escadron. Cela m’obligeait à le faire voler sur Spitfire. Mais l’avion est tellement connu que je ne peux passer à côté, et le 412e est un des rares escadrons dont j’ai la certitude qu’il soit équipé de Spitfire lors de l’arrivée d’Henri et de Tim en Angleterre.

 

Les incessants mouvements des escadrons sur le territoire anglais ont compliqué mon écriture. On agissait ainsi au gré des réalités logistiques et pour éviter que les Allemands ne tracent un portrait précis des effectifs sur les aérodromes. Comment alors, si le 412e se déplaçait sans cesse, permettra à Henri de se trouver près de la Manche, ou près de Londres, selon les péripéties que je souhaitais lui faire vivre? Tant pis : j’ai préféré la réalité à la fiction et me suis compliqué la vie.

 

Martlesham Heath est belle et bien l’aérodrome où le 412e Escadron se trouve en mai 42. Tout comme il se trouve à North Weald en juin 42. J’en ai profité pour parler de John Gillepsie Magee, mort le 11 décembre précédent, donc 6 mois plus tôt. Il volait avec le 412e. Quelle belle occasion d’évoquer son poème High Flight et donner la dimension créative que certains de ces aviateurs à peine sortis de la puberté possédaient. Qui plus est, le 11 décembre, c’est le jour de mon anniversaire. Le 11 décembre 1941, c’est aussi le moment où les Américains entrent en guerre.

 

En juillet, le 412e est à Merston et se prépare à un déplacement à Tangmere. Tangmere est un lieu hautement important pour la suite de mon histoire : c’est là que le SOE possède un cottage. Mon intention est que Henri soit officiellement recruté lorsque le chat sort du sac et qu’on apprend qui sont réellement Émile et Marguerite. Mais le temps presse, puisque je veux que mon roman se termine le 19 août 1942.

 

Vous voyez le problème : le 19 août 42, le 412e n’est pas encore installé à Tangmere. Il faut donc qu’Henri vole jusque là et qu’il ne revienne plus avec le 412e. Je ne souhaitais pas qu’il soit muté à l’escadron anglais qui occupe encore Tangmere à cette date. Le recrutement par le SOE devient donc le prétexte pour qu’il demeure à cet endroit.

 

L’attaque sur Basin Road à Chichester à laquelle je fais référence a bel et bien eu lieu quelque temps auparavant. Celle qui blesse Henri sur la piste de Tangmere, cependant, n’est pas réelle. Dans mon histoire, elle a eu lieu quelques jours avant l’Opération Jubilee du 19 août 42. Or, c’est le 16 août 1940, le Stuka ont massivement attaqué cette base. À 2 ans d’écart, ma tricherie n’emporte dans son scandale que le désir de faire vivre au lecteur le danger des attaques en piqué des puissants Stuka allemand. Alexandre Dumas qui disait que l’écrivain a le droit de violer l’Histoire, à condition de lui faire de beaux enfants. Je vous laisse juger de la liberté que j’ai prise, mais de grâce, ne trébuchez pas sur le verbe choisi par le grand Dumas!

 

Au-dessus de Dieppe

 

L’écrasement de l’avion d’Henri, enfin, ne peut être contesté du point de vue du réalisme d’un tel événement au-dessus de Saint-Aubin-sur-Scie. J’étais inquiet que certains affirment que des avions alliés n’auraient pu entrer aussi loin dans les terres derrière Dieppe. Or, après la parution de Sous le feu de l’ennemi, une visite au Mémorial du 19 août 1942 de Dieppe m’a mis en face d’une mitrailleuse d’un Spitfire. La pièce, dérobée par un enfant le jour du raid manqué, est celle du Spitfire de John Edwin Gardiner ou de celui de Norman Mochier. Ce jour-là, leurs avions se percutent en plein ciel, au-dessus de Arque-la-Bataille, à quelques kilomètres de Saint-Aubin-sur-Scie. Outre le fait que ces deux avions aient été du même escadron, deux autres coincidences montrent que la réalité croise parfois la fiction. D’abord, l'enfant qui récupèrera la mitrailleuse d'un des avions s'appelait... Henry. Ensuite, le pilote d'un des avions s'appelait Gardiner. Or, quel est le surnom de mon personnage Henri? The Gardener. Troublant? Sans doute.

 

À titre d’information, Gardiner était le fils du ministre canadien de l’Agriculture de l’époque.

 

Tome 2 - COMBATTRE DANS L'OMBRE

 

Un aviateur en France

 

J’ai campé les premiers chapitres de Combattre dans l’ombre dans le décor de l’arrière-pays de Dieppe. Je souhaitais rendre au lecteur l’ambiance menaçante de la France occupée pour un Canadien en fuite. Tout y est fictif, du moulin sur la rivière Scie jusqu’à l’arrivée inattendue d’un Fusilier Mont-Royal. L’idée était de présenter la réalité d’alors : le sabotage contre les équipements allemands était assimilé à du terrorisme. Les collaborateurs gagnaient argent ou relations en pistant les résistants. Quant aux civils qui cachaient des aviateurs en fuite, ils étaient condamnés à mort lorsque l’occupant était mis au courant de leurs activités.

 

Ainsi, les Bellec (famille au nom volontairement breton, malgré leur présence en pleine Normandie) risquent gros en protégeant Henri.

 

Paris

 

L’arrivée du Réseau Comète dans le décor parisien ajoute au portrait que je trace de la vie périlleuse des pilotes en fuite. Le Réseau Comète était l’œuvre des De Jongh, des Belges qui ont risqué et donné leur vie pour aider les Alliés de l’intérieur. J’aurais pu faire apparaître Andrée De Jongh dans mon récit, mais ma principale préoccupation était de charger ce tome de « méchants ». C’est donc Jacques Desoubrie qui prend vie dans ce récit. Desoubrie, qui a possédé le surnom de Capitaine Jacques, a bel et bien collaboré avec l’Abwehr pour couler le Réseau.

 

Rien n’indique que le Réseau ait eu une planque sur Baudin. Les résistants (Robert et Petit Jean) que côtoie Henri sont fictifs. J’ai choisi de fonctionner ainsi pour éviter de me placer en porte-à-faux avec des individus réels qui auraient pu ne pas être à Paris à ce moment de leurs activités de résistance. Néanmoins, j’ai appris entre temps qu’un membre du Réseau s’appelait Antoine d’Ursel. Un nom près d’Ursain Dutaillis. Les coincidences foisonnent.

 

Évidemment, la major Pohl, cet officier corrompu, n’a jamais existé. Mais il se retrouve à La Carlingue, un lieu sordide qui a bel et bien hébergé les amis de la Gestapo à Paris. C’est dans ce lieu qu’on prend Henri pour un prostitué. J’ose espérer que cette histoire aura présenté cette Carlingue sous son… meilleur jour. Tous les truands qui s’y trouvent ont eu leurs heures de gloire. Henri Lafont et Pierre Bonny en furent les plus connus à l’époque. À eux s’ajoutent des destins tragiques. J’ai choisi de placer dans le décor la belle Corinne Luchaire, qui eut la malchance de vivre dans une famille qui avait trouvé des avantages dans l’Occupation. Corinne, jeune actrice promise à un brillant avenir cinématographique, tourna avec Charles Trenet en 1939. Condamnée à 10 ans d’indignité nationale, elle mourra à 28 ans en 1950.

 

Pendant ce temps…

 

Le libellé du télégramme que reçoivent les Léveillée pour leur annoncer la mort d’Henri est copié d’un exemple trouvé sur le Net. J’ignore si plusieurs formulations ont été empruntées, mais j’ai tenu à le reproduire, en anglais. Libre au lecteur d’y décoder que la langue de Shakespeare était omniprésente dans le Québec de l’époque. Et que cela n’a sans doute pas aidé l’armée canadienne à recruter dans les campagnes de la Belle province!

 

En Auvergne

 

Effectivement, les Allemands ont pris pied en Auvergne le 11 novembre 1942. Je ne pouvais y envoyer Henri avant cela. J’ai choisi de placer son lieu d’arrivée à St-Cernin, un village que j’ai traversé. J’ignore dans quelle mesure les Allemands y ont été actifs.

 

J’ai beaucoup lu sur les maquis d’Auvergne lors de ma préparation à l’écriture du tome 2. Par un curieux hasard, le parcours d’Henri ressemble à celui de Peter Dmytruck, un soldat Canadien. Lorsque ce membre d’équipage d’un bombardier survit à l’écrasement de son appareil, il trouve le secours de la Résistance qui l’envoie en Auvergne dans l’espoir de le faire passer en Espagne via les Pyrénées. En attendant, Dmytruck, qu’on appellera Pierre le Canadien, sera actif avec la Résistance. Mais il trouvera la mort le 9 décembre 1943.

 

Les prisons au Canada et en Allemagne

 

Au Québec, l’Institut Feller, une école protestante, avait effectivement été transformée en prison pour garder loin de l’Europe les militaires nazis. Des livres comme Prisonniers de guerre et internés allemands dans le sud du Québec de Martin F. Auger rapportent le contexte dans lequel ont séjourné les détenus allemands. Ma grand-mère, qui a elle-même connu cette époque, était jeune femme lors de l’installation du camp de Saint-Blaise, qu’on surnommait Grande-Ligne. Sa sœur épousa d’ailleurs un gardien de ce camp, où le traitement réservé aux nazis n’était pas si mal, comme je le rapporte dans mon livre.

 

Certes, il peut sembler à la limite du plausible qu’un jeune homme ait pu approcher ces individus, mais j’ai pris cette liberté et je l’assume. À ma connaissance et à mon souvenir, rien n’empêchait la proximité entre les civils et les détenus sous surveillance, alors qu’en Allemagne, les prisons militaires étaient beaucoup moins accessibles. Néanmoins, il a été raconté que des femmes avaient pu entrer dans des prisons militaires nazies, ce qui avait permis à des hommes de tenter l’évasion avec des costumes féminins.

 

Je ne m’étendrai pas longtemps sur le séjour d’Henri en prison et ses tentatives d’évasion. Elles rappellent le séjour de plusieurs Canadiens, dont celui de Jacques Nadeau à qui j’ai dédié mon roman et qui a vécu une aventure semblable au même stalag. En fait, le plus curieux de mon histoire est qu’Henri, un officier, se retrouve à un stalag plutôt qu’à un oflag. Personne ne m’a pourtant fait part de ce fait aux apparences contradictoires. Or, la raison est fort simple : lorsque les Allemands prennent conscience qu’Henri n’est pas un résistant, mais un soldat canadien, ils n’ont pas encore d’information sur son grade. C’est ainsi qu’il est expédié à Lamsdorf.

 

Enfin, toute la section sur l’évasion, où j’envoie Henri et Cyrille dans une usine avant de fuir, est une transposition du séjour de Jacques Nadeau qui tenta de se soutirer à la surveillance des Allemands en allant faire des travaux hors du camp.

 

L’espion allemand au Canada

 

L’histoire de Werner von Janowski, qui a été fait prisonnier après son débarquement d’un sous-marin allemand, est tout à fait vraie. Mais l’attitude de Janowski dans cette histoire m’a toujours semblé trop candide : un espion qui risque sa vie sous l’Atlantique jusqu’aux rives d’un pays de l’Amérique en guerre ne laisserait pas des traces aussi facilement repérables à moins d’être le pire des espions. Ce qu’était sans doute Janowski.

 

Pourtant… Je me suis toujours demandé si le gouvernement canadien n’avait pas caché qu’un autre homme de l’ombre aurait pu se perdre dans la nature. Sans doute que non, sans quoi l’Histoire aurait fini par jeter le masque de cette individu. Mais j’ai tout de même décidé qu’il en serait ainsi. Donc, un espion venu d’Allemagne rôde, tandis que la police canadienne croit avoir tué la menace dans l’œuf en interceptant Janowski.

 

Nul besoin de vous dire que je me promets de récupérer cette histoire dans un prochain livre!

 

Quant à mon souci du détail, il a été jusqu’à décrire l’endroit où accostent Émery et ses amis ce soir de janvier, à Saint-Roch-des-Aulnaies. Le verger dont je parle n’existe plus, mais les maisons sont encore toutes là. Celle où se terre l’espion existe toujours. J’y suis au moment où je rédige ces lignes. Seul détail modifié : la fenêtre par où il se sauve n’est pas assez grande pour s’y faufiler!

 

La fuite en Allemagne

 

Quel travail que de vérifier quelles voies ferrées mènent de Breslau à Berlin, à Dresde, à ailleurs… Je tenais à mener mes lecteurs dans le nord de l’Allemagne, car il s’y trouve deux lieux très importants de l’histoire de la guerre sous le Troisième Reich : Peenemünde et Prora.

 

Prora existe toujours, et le site, longtemps abandonné, de développe peu à peu, avec différentes utilités loin de celles prévues à l’époque par Hitler. Le village-vacances dont parle Nazaire n’a jamais vu le jour, et l’édifice demeure un immense mur aussi admirable que douteux dans son genre. En un sens, je ne pouvais pas développer plus cet aspect, puisque la construction de Prora était interrompue par la guerre. Mais ce site et le concept sous-tendu d’une Allemagne de loisirs sont importants à comprendre pour mieux saisir comment les Allemands peuvent avoir adhéré à l’hitlérisme. On n’attire pas des mouches avec du vinaigre, après tout.

 

En ce qui a trait à l’apparition de Werner von Braun dans l’histoire, ainsi qu’à l’apparition de Peenemünde, l’idée de base tient au même besoin de faire apprendre un autre aspect méconnu de la guerre : la présence d’un des pères du programme spatial américain dans la production d’armes de guerre au nom du nazisme. Je n’ai pas donné un rôle ingrat à Von Braun. Tout au plus, il est fidèle à sa patrie. La raison de mon choix réside dans le fait qu’à la date où il apparaît dans mon récit, il n’aurait pas encore été nommé officier SS. Quant à Peenemünde, la base était encore « secrète » au moment où Henri s’enfuit. Quelques semaines plus tard, les Alliés apprenaient son existence et la bombardaient massivement, forçant les Allemands à poursuivre leur production de missiles V2 dans des carrières souterraines.

 

Vient ensuite la fuite d’Henri, seul, à travers l’Allemagne. Une amie Française m’a raconté la fuite de son père, prisonnier de guerre. Celui-ci marchait de nuit et dormait le jour, mangeant des feuilles de lilas, survivant de peine et de misère. C’est un peu ainsi que j’ai conçu la retraite d’Henri, dont j’ai abrégé la description, étant donné le peu de péripéties crédibles que j’aurais pu ajouter à cette expérience. Étant donné, aussi, la longueur que je voulais donner à mon récit.

 

The Dam busters

 

Les briseurs de barrages de l’Opération Chastise ont bel et bien existé. Je décris leur aventure sur le barrage de la Möhne comme un observateur aurait pu la voir de l’extérieur. Le risque de Gibson qui protège les autres avions pendant leur attaque, tout comme l’appareil de Hopgood qui sera soufflé après le largage de la bombe galopante, sont des faits réels d’un héroïsme qu’on ne peut passer sous silence. Reste à espérer que ce chapitre piquera la curiosité des lecteurs à la recherche de récits incroyables.

 

Détail à l’intention des amateurs : le pilote Gibson était à la Conférence de Québec où McKenzie King l’a appelé The Dam-Buster. Ce jeune et brillant aviateur, qui écrivit sa biographie et qui fut pressenti pour devenir député en Angleterre, ne survivra pas à la guerre. Je ne parle pas de la guerre pour admirer celle-ci, mais pour qu’on se donne la chance d’admirer des gens qui auraient pu contribuer à faire de notre monde un monde meilleur. Et songer que des personnes admirables nous entourent, chaque jour.

 

 

La suite? Lorsque le temps me donnera le temps de prendre le temps de l’écrire!

© 2020 - Nicolas F. Paquin. Créé avec Wix.com

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